Daily Archives: June 24, 2007

Les ambiguïtés de la France au Rwanda.

Colette Braeckman

23/06/07

 

Afin d’éviter toute interprétation tendancieuse, incomplète ou déformée, voici le texte intégral de la communication faite à Kigali le 14 juin 2007, à l’invitation de la Commission chargée de déterminer le degré d’implication de la France dans le génocide au Rwanda

L’engagement politique et militaire de la France au Rwanda est relativement récent, il date de la fin des années 80, début des années 90, où la Belgique prend ses distances avec le régime Habyarimana après avoir été extrêmement présente. En effet, alors que, depuis longtemps, la France est très active au Burundi, envers lequel la Belgique se montre distante et critique car il s’agît d’un pouvoir perçu comme dominé par les Tutsis et que les relations entre Bruxelles et le Zaïre sont en dents de scie, au gré des crises avec le maréchal Mobutu, Paris tente peu à peu de s’imposer dans la région.
Cette rivalité avec la Belgique est loin d ‘être récente : lorsque fut créé l’ Etat indépendant du Congo, propriété de Léopold II, la France marqua son accord à condition que figure dans l’acte de naissance du nouvel Etat un « droit de préemption ». Autrement dit, dit si l’EIC tombait en déshérence, la France aurait priorité pour y mener un entreprise coloniale. Cette clause visait à faire obstacle aux visées britanniques. En 1960, lors de l’accession du Congo à l’indépendance, le Ministre Couve de Murville rappela cette clause, soulignant que le consentement de la France était nécessaire pour que soit accordée l’indépendance du Congo.
Les rapports entre la France et le président Mobutu évoluèrent au gré des relations avec la Belgique : la France s’offrait toujours pour prendre la relève lorsque Mobutu était en froid avec Bruxelles, une rivalité qui fut plus évide,te encore sur le plan militaire. Un seul exemple : lors des évènements de Kolwezi, en 1978, lorsque des troupes de rebelles congolais venues d’Angola avaient traversé la frontière au Katanga, les deux pays poursuivaient des objectifs différents : la Belgique voulait protéger ses ressortissants et les évacuer, les Français entendaient se porter au secours du régime, chasser les rebelles et s’affirmer auprès de Mobutu. Ce dernier, qui souhaitait provoquer l’intervention étrangère, avait permis (pour dire le moins) le massacre d’expatriés rassemblés dans une villa, ce qui avait précipité la décision d’intervention. Mais lorsque les Belges envoyèrent leurs avions militaires sur Kolwezi, ils ne reçurent pas les autorisations de survol escomptées, ni au dessus de la France ni au dessus des pays africains francophones et furent obligés de faire un long détour via l’Afrique du Sud. Et lorsqu’ils arrivèrent à Kolwezi, la légion avait déjà sauté, les militaires français occupaient la place et se positionnaient comme les sauveurs du régime Mobutu.

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RDC: Depuis son fief du Masisi, Laurent Nkunda défie le pouvoir.

Colette Braeckman

21/06/07

 

Nyamitaba, Nord Kivu, envoyée spéciale
Retiré dans son fief de Nyamitaba, au cœur des collines du Masisi au nord de Goma, Laurent Nkunda Mihigo ne craint personne. Celui que tous les journaux de la république décrivent comme un « officier déchu » et félon, comme le « boucher de Kisangani » en 2002 et l’ « assaillant de Bukavu » en 2004, défie tranquillement le pouvoir depuis son campement établi dans une plantation naguère dévastée par les Hutus rwandais. Continue reading

Laurent Nkunda met la pression!

Kenge Mukengeshayi

23/06/07

 

laurent_nkunda.jpgLe chairman du CNDP accuse : « Au lendemain de l’Accord de Kigali, le Porte-parole du Président de la RDC s’est empressé d’en nier l’existence, embarrassant du coup à la fois l’Envoyé Personnel du chef de l’Etat, mais aussi les plus hautes autorités rwandaises dont la médiation avait été sollicitée… »

Ce n’est sans doute pas un simple fait du hasard, si la Note d’Evaluation du « Gentleman agreement » attribuée à Laurent Nkunda a commencé à circuler, subitement, au moment où une délégation du Conseil de sécurité allait séjourner à Kinshasa.
D’abord le contexte. Grâce à ses sources, Le Phare publiait le vendredi 1er juin et en leader, sous le titre « Ce que Nkunda nous prépare », de larges extraits de deux documents attribués à Laurent Nkunda. Le premier, une lettre datée du 07 mai 2007 à Bwiza, adressée au Premier Ministre Antoine Gizenga Fundji. Le général y exposait à grands traits la problématique sécuritaire à l’Est du pays.
Le deuxième document, daté de Bwiza le 14 octobre 2006, est le cahier des charges du « Congrès National pour la Défense du Peuple » dont Laurent Nkunda est le chairman. Ce dernier y développe sa vision de la situation actuelle dans l’Est à travers les questions du processus d’intégration de l’armée, de la présence des forces négatives, du retour des réfugiés… Avant d’avancer des propositions articulées autour du respect du « gentleman agreement » de Kigali et de l’urgence des négociations politiques entre Kinshasa et le CNDP.
« Aurait-on lu Laurent Nkunda en diagonale ? » S’est interrogé lundi, dans ces mêmes colonnes, notre chroniqueur politique (Le Phare n°3101 daté du 18 juin 2007, page 14). Une question qui vaut son pesant d’or au moment où la tension monte de nouveau à l’Est alors que, dans la capitale, les nouveaux vainqueurs – rien appris, rien compris ? – n’ont qu’un seul souci : savourer une victoire qui risque de devenir amère.
Pour que nul n’en ignore, «Le Phare» récidivait le 12 juin en publiant, cette fois in extenso, le cahier des charges du leader du CNDP. Avec cette terrible question : « Le gouvernement aurait-il révoqué le mandant d’arrêt international contre Laurent Nkunda ? Entendrait-il faire de lui l’unique interlocuteur et l’ultime bénéficiaire du dialogue que toutes les tendances politiques et sociales réclament pourtant à haute voix ? »

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