Sacrifice d’un ministre, une énième diversion ?

Thaddeus Musenge

Lagos, 08/10/07

porte_ouverte.jpgLa presse bleue nous sert, encore une fois, son menu habituel essayant de couvrir le débat houleux à propos de la dernière manœuvre présidentielle pour le moins précipitée. Après la longue liste d'accidents d'Antonov qui ont endeuillé la RDC depuis plusieurs années déjà, un d'entre vient de coûter son poste à un ministre du parti au pouvoir. Le pays pleure ses enfants perdus à cause de l'incurie chronique et l'irresponsabilité dans la gestion. Le commun des congolais se demande pourquoi limoger un ministre maintenant seulement, et pourquoi si vite. Ce pauvre ministre aura-t-il jamais l'occasion d'expliquer au public l'histoire vue de son propre point de vue ? Non, on ne lui en a pas donné la chance. On ne discute pas avec les décrets présidentiels. C'est un peu comme avec la redoutable GSSP. C'est tout de même curieux de sacrifier un ministre pour négligence quand tout le gouvernement s'est montré, jusqu'ici, négligeant surtout en matière de sécurité des personnes, des biens et même de défense de territoire si on n'oublie pas Kahemba. Voulait-on couvrir l'assourdissant vacarme provoqué par l'interview canular ? Le président, veut-il enfin gagner les kinois, car on ne semble pas avoir pris de mesure de cette taille quand des congolais sont morts dans d'autres lieux du pays toujours à cause de vétusté des Antonov ou l'incompétence des ukrainiens qui les pilotent.

Toujours est-il qu'un ministre a perdu son poste. Pour ceux qui attendent anxieusement un remaniement du gouvernement, c'est peut-être une entrée bien bizarre en la matière. A l'assemblée nationale c'est sûr que la majorité se contente d'acquiescer aux décisions de son chef. Que pourra faire l'opposition ? En somme on a sous les yeux une autre bourde que la presse bleue veut couvrir en utilisant le titre qui vend le mieux sans se soucier de contredire le président de la République dans ses consignes les plus récentes. Le titre « à la une » joue la corde sensible qui ne tardera pas à s'user à force d'en abuser, à la manière de à force de crier au loup… Voilà le titre pour ceux qui ne l'ont pas lu : « Nkunda défie les FARDC et la Monuc et déclare la guerre ». Le quotidien le plus lu à Kinshasa considère que l'attitude des insurgés est une déclaration de guerre qui défie le gouvernement, d'autant plus que le président de la République « avait laissé une porte ouverte à la solution politique et diplomatique… ». Le Potentiel semble oublier que la consigne de Joseph Kabila lors de son dernier passage à Goma n'était pas une porte ouverte à la solution politique et diplomatique du problème du Kivu, tout simplement parce que c'est lui qui avait déjà déclaré la guerre aux insurgés, non sans avoir stoppé d'abord la poursuite des FDLR, au grand dam de tous ceux qui savent que ces forces sont le vrai problème. Nous savons qu'ils les utilisent dans sa guerre contre les insurgés, la confirmation étant venue de leur leader officiellement.

Pour rappel,à l'intention du potentiel et du public, lors de son dernier séjour à Goma, le bellicisme de Kabila ne s'était pas mué en pacifisme. Au contraire, il avait affirmé haut et fort qu'il n'avait aucune intention de négocier en aucun cas. On voit mal où le Potentiel est allé chercher l'idée d'une porte ouverte à une solution politique. Il a montré qu'il maintenait son option militaire intact. Et si le général Kakolele dit que les forces insurgées sont attaquées, c'est la vérité, car l'autre « tripartite plus un » –FARDC, FDLR, Monuc + FDLK- ne fait qu'appliquer la consigne du président de la république. Et voilà comment les médias proches du pouvoir continuent à pousser plus loin l'honnête médiocrité des mesures gouvernementales. Brandir le CNDP ou son leader pour essayer de distraire le public de cette médiocrité de la part des médias relève de la criminalité. En revanche, les médias pourraient pointer du doigt les faiblesses de ce gouvernement qui entraîne dans son sillage une assemblée qui lui est trop asservie.

Néanmoins on pourrait forcer une vision optimiste des choses et croire que si le Potentiel parle d'une porte ouverte à la solution politique et diplomatique, c'est que ce journal est au courant d'un certain revirement   dans l'attitude de Kabila. Auquel cas il devrait cesser le langage des armes de son option militaire, cesser sa collaboration avec les forces génocidaires et s'engager sur la voie du dialogue. Il est impossible de prétendre construire une démocratie sans dialogue, quoi que depuis les massacres du Bas-Congo, ceux de Kinshasa, les activités de ses alliés FDLR constituent des preuves suffisantes pour montrer sur quelle base il veut fonder son régime.

copyright © 2007 Virunganews

 

Leave a Reply