La bombe des Kivu.

Kenge Mukengeshayi

04/07/07

Encore une fois, l’Est de la RD Congo gronde. Comme un volcan à la veille d’une éruption aux conséquences incalculables. Tous les spécialistes le disent : la lave, en fusion, menace sérieusement les fragiles équilibres de la paix, du processus démocratique et de la cohabitation ethnique.
La nouvelle surchauffe a un nom : Laurent Nkunda. Très médiatisé, recevant journalistes, diplomates et envoyés spéciaux, l’homme n’est plus une simple vedette tenté par l’aventure. Il dispose d’une armée qui lui permet de contrôler la frontière à partir de Rutshuru. Le mixage lui assure une incontestable influence sur un territoire qui s’étend jusqu’à Goma, sur lequel il entend imposer le droit au retour des réfugiés congolais du Rwanda, que ses sources estiment à plus de 40.000 personnes, et leur procurer un « espace ». « Une véritable bombe ethnique » analysent tous les observateurs sérieux, inquiets du fait que Kinshasa ne présente jusqu’ici aucune alternative crédible. Il est vrai que coincées entre les engagements pris lors des négociations de Kigali (janvier 2007), la frustration de plus en plus grandissante des Kivutiens, très remontés à la suite du retour en grâce de Nkunda, et la pression sinon l’hypocrisie de la Communauté internationale hostile – dixit le Conseil de sécurité – à toute solution militaire, les autorités congolaises ne disposent pas d’une marge sérieuse de manœuvre.
Enfin, dans la pure tradition des insurrections congolaises, qui veut que celui qui dispose d’une armée et d’un territoire doit en plus se doter d’un instrument politique, Nkunda a fait mieux que cela, en emboîtant le pas à ses aînés – qui ont échoué, explique-t-il, dans la mission de créer un nouvel ordre politique – en mettant sur pied le Conseil National pour la Défense du Peuple (CNDP). Un mouvement qui n’aurait aucun caractère ethnique, a cru devoir préciser, sans doute pour le besoin de la cause, un leader politique originaire du Kivu, comme pour donner à la démarche de Nkunda une envergure nationale en évacuant en amont toute tentative de la réduire à une dimension ethnique.

Résistants contre forces négatives

Reste que cela ne suffit pas – du moins jusqu’à présent – pour calmer le grondement qui monte des Kivus. Où les négociations de Kigali avec Nkunda, ça ne se cache plus, ont prodigieusement irrité les populations. Deuxième motif de frustration : le mixage, considéré ici comme un chèque en blanc grâce auquel Nkunda pourra continuer « en toute impunité », se fâche-t-on à l’Est, à étendre son emprise et surtout à narguer les autres groupes armés ayant accepté le brassage. Les Kivutiens reprochent aussi à Kinshasa et à la Monuc de ne rien faire pour stopper la montée en puissance de Laurent Nkunda. Bien au contraire, aussi bien le mixage que les négociations de Kigali arrachés par le Chairman du CNDP sont interprétés ici comme une bénédiction accordée à l’homme fort de Bwiza.
Enfin, nombreux sont, ici, qui s’opposent à un retour non contrôlé des réfugiés congolais du Rwanda, considérés comme des infiltrés potentiels, et la tête de pont de l’activisme rwandais pour la domination – pour les uns – ou la conquête – pour les autres – de l’Est de la RD Congo.
Bref, si rien n’est fait et à temps, les risques d’une brutale et dangereuse montée des tensions ethniques sont réelles, ce qui ferait reculer la RDC d’une dizaine d’années. Il suffit désormais, de jeter un regard sur les groupes dits de résistance qui ont commencé à proliférer dans l’est. Certains Hutu, Hunde, Nande, Nyanga et Tembo se sont ainsi organisés dans une coalition des « Résistants Patriotes Congolais » (PARECO). D’autres « fils et filles » du Nord-Kivu ont créé le Front National pour la Résistance (FNR), doté d’une « branche armée » dénommée « Commandement des Forces Patriotiques Congolaises ». Un terrible engrenage semble ainsi se mettre en place. Il s’agit, désormais, de savoir qui a les moyens, et la volonté politique de le stopper.

 

Le Phare

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