RDC: La nationalité, éternel instrument de division.

Antoinette K. Kankindi

12/02/07

cour_supreme_en_feu.jpgAu moment où la communauté internationale qui s’est tellement investie dans la démocratisation de la République Démocratique Congo se félicite encore, les vieux démons de la question identitaire se réveillent pour hanter les Congolais. Cette fois-ci la hantise ne concerne pas seulement la population frontalière du Nord-Kivu dont la contestation en matière de citoyenneté revient cycliquement, cyniquement avec un peu trop de fréquence. Elle met dans le même panier toute la diaspora sans aucune considération pour non seulement son appartenance à la terre natale, mais aussi sa contribution à la vie du pays. D’autres ont déjà mis en chiffre cette participation. Il semblerait que le fantôme de la même hantise menace de promener son ombre inquiétant dans les couloirs et les coulisses de la nouvelle assemblée nationale et peut-être aussi sa toute puissamment majoritaire AMP. Et malheur à celui par qui le scandale arriva ! Puisque le pays est en quête d’une vraie démocratie et pas d’une démocratie faussaire (démocrature comme dirait feu Verschave) ou corrompue, l’heure a sonné de trouver une alternative à l’idéologie qui, depuis le temps colonial, en passant par les longues années de la dictature, a forgé et présenté la crise identitaire comme un héritage ancestral. Mais il est connu de tous aujourd’hui que la stratégie coloniale enracinée dans une interprétation raciste et ethniciste de la réalité ne visait que la division pour mieux régner. Y a-t-il un leader ou un groupe de leaders qui se croit encore capable de bâtir une démocratie sur du machiavélisme ? Le seul équilibre requis pour une politique susceptible de conduire le pays de l’avant doit passer par l’inclusion. Il faut purifier le nationalisme du cancer de l’exclusion. Les lois sont faites pour l’ordre, la prospérité et le développement des peuples. Alors il faut avoir le courage d’abroger des lois régressives et arbitraires.

La diaspora congolaise tout comme la variété tribalo ethnique constitue un capital indispensable et incontournable si le Congo doit sortir de l’impasse. Exclure les deux ne fera que prolonger le retard sur tous les fronts. Il ne suffit pas de faire une liste de chantiers, il faut aussi connaître les moyens, surtout humains, dont on dispose pour les projeter, les exécuter et les mettre au service du peuple. Dans un monde de plus en plus qui se globalise, le "soi-disant législateur congolais" doit s’ouvrir aux réalités nouvelles au lieu de s’enfermer dans des mesures qui sont injustes et archaïques. Le double jeu de la CEI qui a imprudemment touché une corde aussi sensible démontre sa propre mauvaise foi. Mais d'autre part, il est possible de prendre cette imprudence pour une opportunité puisqu’elle démontre que vouloir couper les ailes des congolais avec le slogan d'une nationalité une et exclusive pourrait se révéler suicidaire. Les sirènes de la division ont toujours eu un ascendant trop fort sur les acteurs politiques de l’Afrique Noire et particulièrement ceux du Congo indépendant. Mais il ne faut pas oublier que le résultat de la division est toujours une désintégration certaine. On est en droit d’espérer que la nouvelle assemblée va définitivement affronter d’une manière constructive la teneur de la loi sur la nationalité sans tomber dans le formalisme de la fameuse constitution de Luluabourg, qui est certainement ambiguë aussi sur le sujet.

 

 

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